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Publié le : 24 Décembre 2015 à 14:15:30
Prof. Kimou Assi José Enseignant-chercheur
Prof. Kimou Assi José,
Enseignant-chercheur:

« Il n’était pas question de lâcher un bout… »

Comment avez-vous préparé ce prestigieux Concours ?


Effectivement, je viens de prendre part à la XVIIème session du Concours d’Agrégation en Sciences Juridiques, Politiques, Economiques et de Gestion organisé par le CAMES. Je voudrais profiter de l’occasion que vous m’offrez pour remercier nos chers Maîtres pour l’encadrement dont nous avons bénéficié et leur rendre un hommage distingué. Au départ, c’était des hésitations à n’en point finir. Nos Maîtres ont été là pour nous motiver parce qu’ils ont détecté des talents en nous, ils nous ont fait confiance. A cela, il faut ajouter toute l’organisation mise en place au niveau de nos centres de recherches, de l’UFRSEG de l’Université Félix Houphouët Boigny de Cocody. Il y a eu également le one to one avec nos collègues qui, en fonction de leur disponibilité, nous ont suppléés dans nos cours, nous ont fait partager leurs expériences personnelles et fourni des bouquins. Nous avons dû à un moment donné, nous retirer, laissant de côté la famille pour nous mettre à la tâche, refaire les bouquins et les manuels comme des étudiants de première année.

 

Pourriez-vous insister sur le coût de toute cette préparation en termes de sacrifices ?


Le concours d’Agrégation requiert de la concentration. Il exige qu’on soit entièrement dédié à sa préparation. Etre dédié signifie qu’on est obligé de mettre de côté un ensemble de choses. Notamment au niveau du service, il faut pouvoir lever un peu le pied. Cela a nécessité la compréhension des collègues qui ont accepté de nous suppléer, comme je l’ai signifié plus haut. Le sacrifice on peut le dire, est à divers niveaux: le service, la famille, le renoncement personnel à certaines opportunités et le coût direct lié aux dépenses qu’on a pu effectuer (achat de bouquins, abonnement à des Revues Scientifiques, etc.)

 

Après cette longue préparation, vous voilà donc au Togo pour affronter le Concours. Dans quelles conditions avez-vous été accueillis


 Déjà dès le départ, alors que nous aurions souhaité être à Lomé un peu plus tôt pour maîtriser l’environnement du Concours, c’est finalement le Dimanche 08 novembre à 3h du matin que nous sommes arrivés. Nous avions pris nos quartiers dans un hôtel qui ne nous convenait pas du fait de son éloignement. Il a fallu donc déménager le dimanche 08 dans un autre hôtel qui nous a accueillis autour de minuit.

 

Quelles sont les différentes étapes que vous avez eu à franchir et quelles ont été vos appréhensions à chacune de ces étapes?


Le Concours, pour ce qui concerne la Section Sciences Economiques a débuté le lendemain lundi 09 novembre, après la réunion d’orientation avec le Jury. Il y a eu un tirage au sort, à l’issue de cette rencontre pour déterminer l’ordre de passage des candidats. Nous avons débuté à 15h et je suis passé en deuxième position. Cette étape première dénommée Titres et Travaux est cruciale car elle détermine la suite du Concours. Le candidat en 15 min fait la synthèse de ses travaux et se soumet à 45 mn d’échanges avec le Jury. Pour ma part, j’avais quelques appréhensions au cours de la préparation quand bien même mes Maîtres me rassuraient, mais j’ai fini par être confiant à l’issue de cette première étape. L’attente des résultats a duré jusqu’au vendredi 13 vers 22h. Avant cela, c’était des moments de stress et d’angoisse quand bien même on essayait de se projeter et de réviser pour l’étape suivante. Parce qu’aujourd’hui vous êtes confiant et le lendemain, c’est le doute qui vous envahi.

Nous avons été 27 sur 47 candidats admissibles à cette première étape. La seconde étape portant sur la Leçon de théorie économique, a débuté aussitôt le lendemain samedi à 6h00. J’ai été le second à passer à 6h45 et mon sujet a porté sur La Rigidité des Salaires. A ce niveau, nous avons eu droit à 8h de préparation en loge et la restitution s’est faite en 30 mn devant le Jury et tous ceux qui désiraient suivre le cours. Il faut dire que j’étais assez confiant et suffisamment à l’aise pour aborder ce sujet parce qu’au cours de la préparation à Abidjan, j’avais eu à traiter des sujets similaires. Les résultats ont été publiés le lundi soir, avec 19 candidats admissibles.  

La troisième et dernière épreuve dite de Spécialité, a débuté le mardi 24. Elle consiste en un cours portant sur la spécialité. Ma spécialité étant l’Economie du Développement, mon sujet a porté sur « Espérance de Vie et Développement Economique ».  Ici, ce n’était pas évident parce que je n’avais pas toute la documentation appropriée. Mais il n’était pas question pour moi de lâcher un bout si près du but. Je me suis donc mobilisé pour aborder le sujet avec le peu d’informations dont je disposais. Le Jury  m’a encore jugé admissible et nous étions 18 candidats admis définitivement.

 

18 admis sur 19. Il n’y avait donc qu’un seul recalé. Comment le Jury a-t-il justifié ce palmarès ?


Le Jury a tout simplement jugé que le Concours était d’un très bon niveau d’où ce taux de réussite au dernier tour.

 

Les résultats définitifs sont proclamés par ordre de mérite. Quel rang avez-vous occupé ?


J’ai été classé 13ième  sur les 18 admis mais pour ce qui concerne la Côte d’Ivoire, j’ai été le seul admis pour la section Sciences Economiques et Gestion qui comptait au départ 7 candidats (6 en Economie dont 4 de l’Université Félix Houphouët Boigny de Cocody et 1 en Gestion). Il faut noter que les pays ayant eu le plus grand nombre d’admis sont ceux-là qui avaient de fortes délégations. Le Cameroun a eu 5 admis sur 14, le Sénégal venu avec 12 candidats est reparti avec 4 ou 5 admis.

 

Vous voilà donc admis de façon honorable, qu’en est-il de la suite de votre carrière universitaire ?


Je ne suis qu’au début de ma carrière avec de nouveaux défis que j’aborderai dans toute leur splendeur et avec la plus grande motivation. Etre un Maître de Conférences Agrégé signifie que vous êtes avant tout un Maître de recherche. C’est-à-dire que vous êtes à même de conduire toute une équipe de recherche jusqu’à son terme avec toute la qualité qui s’impose, pouvoir transformer un étudiant en Docteur par exemple. Ce n’est donc que le début d’une nouvelle carrière parce que la carrière universitaire ne s’achève pas ici. Il faut pouvoir atteindre in finae le grade de Professeur Titulaire. Et c’est cela que je vise désormais avec ferveur.

 

On peut se réjouir d’un tel engagement dans la mesure où, d’énormes déperditions sont enregistrées. Ils sont nombreux en effet, les universitaires qui délaissent l’enseignement et la recherche pour intégrer d’autres milieux tels que les gouvernements et autres organismes internationaux.


Il y’a une chose que l’on doit savoir: l’Agrégé en Sciences Economiques et Gestion doit être au service de l’Université et de sa communauté pour le développement économique de son pays. Même étant dans des organismes internationaux ou ailleurs, les collègues qui y vont représentent leur pays et donc continuent de le servir. Ce n’est donc pas une mauvaise chose en soi. Cependant, l’idéal serait de renforcer les équipes d’encadrement, de recherche et d’enseignement au niveau des Universités. Pour ma part, j’aime la recherche et l’enseignement, priorité sera donc accordée à ma carrière universitaire.

 

Votre adresse à vos collègues et à la jeune génération.


Je pense que notre pays et notre Université regorgent d’énormes talents et je voudrais dire à mes collègues qui sont aussi jeunes que moi et même aux anciens que le Concours d’Agrégation est à la portée de tous. Je le dis compte tenu de leur niveau que je connais. Ils n’ont pas à avoir peur, il leur suffit de se préparer sérieusement, d’écouter les conseils des Maîtres. Et surtout d’avoir l’humilité scientifique qui permet de corriger tout ce qu’on vous reproche. Et quand on décide d’y aller, il faut pouvoir s’y consacrer. Cela requiert des sacrifices qui sont toujours assortis de récompenses. En économie, on dira qu’il y’a toujours un retour sur investissement. J’invite mes collègues à s’engager. Je me mettrai à la disposition de l’Université et à leur disposition pour les motiver, les encourager et leur donner des conseils. Comme mes collègues eux aussi, ont été présents à mes côtés à tous les niveaux. Je voudrais terminer en renouvelant mes remerciements à tous et particulièrement à nos chers Maîtres, notamment les Professeurs Aké N’Gbo, Assémien Alexandre, Bénié Marcel, le Ministre Atsain Achi. A nos ainés, les Profs. Wautabouna Ouattara, Tiéhi Tito, Aka Brou, Kouakou Auguste, Gabkou Monnet Patrick, Clément Kouakou. Aux autorités universitaires, notamment, Mme la Présidente de l’Université Félix Houphouët-Boigny, le Doyen de l’UFRSEG, Prof. Ouattara Abdoulaye, Dr Diarra Ibrahim, Directeur du Cires. Je n’oublie pas la CAPEC avec à sa tête, le Prof. Ahouré Alban, toute l’équipe des chercheurs et le personnel d’appui. Je voudrais leur dire que je me sens véritablement dans une famille. Je n’oublie pas non plus, ma petite famille, mon épouse et mes enfants. Mais au-delà de tout, je rends gloire à Dieu car c’est lui qui fortifie et qui bénit !

Interview réalisée par Mayane YAPO, Chargée de la Communication et de la Visibilité de la CAPEC
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