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Publié le : 28 Mai 2015 à 21:55:06
Prof. Alban Ahouré Directeur p.i de la CAPEC
Prof. Alban Ahouré,
Directeur p.i de la CAPEC :

« Sans appropriation, il n’est pas certain que l’indice puisse prospérer »

La question de la performance des entreprises était récemment au cœur de l’actualité économique en Côte d’Ivoire. Après le séminaire de dissémination organisé par la CAPEC le 24 avril 2015, relativement à la ‘’Performance des entreprises en Afrique Subsaharienne Francophone : cas de la Côte d’Ivoire, du Cameroun et du Sénégal’’, c’est le secteur privé qui vient de se doter d’un indice de performance. Dans cette interview réalisée par M. Noël Gnagno, Journaliste à RTI 1, le Prof. Ahouré Alban se prononce sur cet outil.

 

Monsieur le Directeur, récemment, vous avez analysé la performance des entreprises en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Cameroun. Pourriez-vous revenir sur les résultats obtenus?

 

Les résultats que nous avons obtenus après deux années d’études dans les trois pays analysés, ont prouvé qu’il existe des divergences et des convergences aussi bien au Sénégal, au Cameroun qu’en Côte d’Ivoire. Notamment en ce qui concerne le climat des affaires, les capacités managériales des entreprises, l’utilisation des TICs ou l’impact des normes sociales sur la performance des entreprises. Par exemple, l’on se rend compte que les entreprises ivoiriennes perçoivent plus négativement le climat des affaires sur leurs activités. Elles considèrent que le climat des affaires est un obstacle majeur à hauteur de plus de 60% des entreprises interrogées dans le secteur moderne, formel, contre 30 à 40% au Sénégal et au Cameroun. Il ya certes de l’amélioration dans le climat des affaires en Côte d’Ivoire, mais cela signifie qu’il reste encore des efforts à fournir pour continuer dans le sens de cette amélioration.

 

Le secteur privé vient de se doter d’un outil de pilotage un peu plus cohérent. Comment réagissez-vous par rapport à cet outil?

 

Cet outil est le bienvenu parce que c’est très important pour le secteur privé dans un pays de décider d’évaluer. C’est une évaluation simultanée du climat des affaires et des activités intrinsèques même des entreprises. On crée un indice conjoint, un indice mixte qui puisse permettre de capter ces valeurs mensuellement. C’est important en ce sens que cela permet aux entreprises de savoir sur quel levier jouer. Pas seulement pour les entreprises, mais aussi au niveau de l’Etat pour savoir sur quel levier jouer pour pouvoir favoriser des actions permettant une dynamique de performance des entreprises. Cet outil est bienvenu et nous espérons qu’il respecte une méthodologie très très rigoureuse. Ça nous le croyons et nous espérons aussi que cette méthodologie puisse favoriser une appropriation de cet outil par les parties prenantes en ce qui concerne le secteur privé en Côte d’Ivoire.

 

Quand vous faites allusion à la méthodologie et à l’appropriation, cela suppose certainement des mises en garde et des précautions à prendre en amont et en aval. Quelles sont ces précautions et comment voulez-vous les voir traduire en acte ?

 

Nous ne doutons pas de la qualité de l’outil, mais cet outil va se confronter certainement à la réalité. En termes de précautions, c’est de se demander si par rapport à des outils existants il ya des poches d’amélioration. Il faut pouvoir les déceler très rapidement puisque c’est un outil qu’on lance maintenant.  Autre chose, il faut chercher à savoir si les données qui serviront au calcul mensuel de cet indice seront disponibles. Il faut aussi s’interroger sur la disponibilité des entreprises à fournir ces informations ? Il ya là des efforts de sensibilisation à faire à l’endroit des entreprises, mais aussi en termes d’appropriation de cet outil par l’Etat qui est une des parties prenantes. Pour ce qui concerne le climat des affaires par exemple, il ya des informations qui devront être fournies par le secteur publique. En termes de pertinence de cet outil, il faudra chercher à savoir si les entreprises le perçoivent comme un élément pouvant les aider dans le développement de leurs affaires et dans l’accroissement de la performance de ces entreprises. Et ce, surtout qu’on se retrouve dans un environnement aujourd’hui très compétitif. On se dit voici un indice qui va nous donner des signaux sur l’environnement. Si cet indice permet effectivement de comprendre ou de mieux évaluer les facteurs entraînant la performance de manière à agir sur ces facteurs, c’est alors que les entreprises trouveront une certaine pertinence liée à cet outil. Il s’agit donc de savoir comment cet outil pourra prendre en compte les préoccupations majeures des entreprises dans leurs différentes activités. Quelles sont les différentes variables qui seront incorporées dans cet outil ? Nous n’avons pas toutes les informations, mais il est important de regarder ces variables et d’analyser leur pertinence par rapport aux activités des entreprises. Ce sont tous ces éléments qui permettront aux entreprises de trouver dans cet indice un facteur important, un indice non pas de trop mais qui se révèle très très pertinent pour des prises de décisions. C’est cela aussi, le rôle de l’indice, favoriser la prise de décision tant au niveau du secteur publique que du secteur privé. Si cet indice permet donc de déceler les points sur lesquels agir et de façon très spécifique, alors cela va favoriser l’appropriation souhaitée. Sans appropriation, il n’est pas certain que l’indice puisse prospérer.

 

La dernière préoccupation est de savoir si cet indice pourra être exploité en tant qu’indicateur par le grand public, par le consommateur?

 

Cet indice peut être considéré comme un indicateur à exploiter par tous ceux qui veulent investir en Côte d’Ivoire. Parmi ces investisseurs, il peut y avoir des consommateurs qui peuvent être de potentiels investisseurs. Cet indice permettra d’apporter un éclairage sur le climat des affaires, sur la prospérité des entreprises en Côte d’Ivoire. L’on pourra dire par exemple : voici un marché dynamique dans lequel investir parce qu’il est créateur d’emplois et distributeur de revenus. Pour les consommateurs, il est important de savoir comment évolue mensuellement le secteur privé dans notre pays. L’évolution du secteur privé est liée à l’évolution de l’économie. Une économie dynamique est en corrélation avec un secteur privé dynamique. Les consommateurs, à travers cet indicateur pourront comprendre si l’activité économique est plus dynamique et cela leur permettra de faire des choix.

 

Au niveau de l’innovation organisationnelle, au niveau des produits, au niveau du marketing commercial, lorsque nous regardons les entreprises qui innovent (il y en a un peu plus dans le secteur industriel mais beaucoup moins dans les autres secteurs), de façon général, l’on note que seulement 35 à 45% des entreprises du secteur formel font de l’innovation. Cela signifie que l’indice qui a été créé permettra également aux entreprises de prendre conscience des secteurs dans lesquels innover. Là où il ya un goulot d’étranglement, des difficultés, l’indice va permettre de les révéler à travers les sous-variables qui composent l’indice. Cela permettra effectivement de révéler dans quel domaine les entreprises devront innover pour accroître leur performance. Et cela est très crucial pour les entreprises ivoiriennes de manière à ce qu’il y ait plus de compétitivité, de performance liée certainement à la qualité, au coût des produits. Tout cela est très important pour notre économie qui se veut émergente d’ici cinq années.

Propos recueillis par Mayane YAPO, Chargée de la Communication et de la Visibilité de la CAPEC
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