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Publié le : 02 Juillet 2013 à 19:33:50
Mme Frannie LEAUTIER Secrétaire Exécutif de l’ACBF
Mme Frannie LEAUTIER,
Secrétaire Exécutif de l’ACBF:

« Le Programme-Pays contribuera à l'amélioration de l'efficacité et de l'efficience de la gouvernance économique en CI »

1. Mme le Secrétaire Exécutif, comment se porte l’ACBF aujourd’hui ? Que retenir de ses multiples interventions en Afrique en termes de renforcement des capacités?

 

L’ACBF est aujourd'hui encore plus sollicitée qu'elle ne l'était quand elle a été créée en 1991, car la capacité a été identifiée comme l'un des principaux défis pour l'Afrique en vue de parvenir à un développement durable. La Fondation a réussi à définir une stratégie et à accroître sa pertinence sur le continent, comme en témoignent le succès de la mise en œuvre de sa nouvelle stratégie à moyen terme (PSMT III) qui a débuté en Janvier 2012 en plus des résultats notables mis en évidence par l'évaluation de la stratégie du PSMT II. Ces résultats sont principalement visibles dans les domaines du renforcement des capacités en matière de formulation de politiques de développement soutenue par la création d’Instituts d’Analyse de Politiques, encore appelés Think Tanks. Le succès de la Fondation explique l’augmentation du nombre de pays africains qui en sont  membres  de  12  à  la  création  à  38  membres  aujourd'hui.  La contribution financière des pays africains est également en constante augmentation. Tout cela est la preuve de l’utilité croissante de l'ACBF, de son  appropriation  par  ses  membres,  de  la  pertinence  des  solutions qu'elle propose et de l’atteinte de résultats sur le terrain.

 

2. Votre dernier voyage en CI, a été marqué par une bonne nouvelle: la signature d’un accord de don d’une valeur de cinq millions de dollars US pour le financement d’un programme pays de renforcement des capacités. Qu’est ce qui a motivé la mise en place de ce programme pays, quels en sont les objectifs visés et les résultats escomptés?

 

En Novembre 2010, le Conseil d'administration de l’ACBF a approuvé un don de 5,000,000 de dollars américains pour la mise en œuvre d’un Programme-Pays de  Renforcement des  Capacités de  la  Côte  d’Ivoire (PPRC-CI). L'objectif du Programme-Pays est de contribuer à l'amélioration de l'efficacité et de l'efficience de la gouvernance économique afin de répondre aux  objectifs  du  DSRP  (Document  de Stratégie de Réduction de la Pauvreté). Les objectifs spécifiques sont les suivants: le renforcement des capacités de la chaîne prospective en matière de planification, de programmation, de budgétisation et de suivi- évaluation (chaîne PPPBSE); le renforcement des institutions soutenant l’obligation de rendre compte et la responsabilité en matière de gestion des   ressources   publiques;   le   renforcement   des   capacités  des institutions nationales de renforcement des capacités, et le renforcement du   dialogue   sur   les   politiques   de   développement   à   travers la professionnalisation de l’expression des acteurs non étatiques. Malheureusement,  des  retards  ont  été  observés  dans  le  démarrage effectif du programme en raison de la crise qu’a connue la Côte d'Ivoire.

En mai 2012, une mission de l’ACBF s’est rendue à Abidjan afin d’évaluer avec le Secrétariat National à la Gouvernance et au Renforcement des Capacités (SNGRC) les  voies et moyens d’accélérer le processus de mise en œuvre du programme-pays.
L’une des conclusions de la mission était que la partie gouvernementale prenne un acte créant le Comité de pilotage du programme-pays et sa composition. Ceci était la condition au démarrage des négociations et signature du PPRC-CI. Le 14 mars 2013, le Gouvernement de la Côte d’Ivoire a pris l’Arrêté N°090/PM/CAB portant création, attributions, organisation et fonctionnement du Comité de Pilotage et de l’Unité de Coordination du Programme-Pays de Renforcement de Capacités.
La création de ce  comité a  permis à  l'ACBF de mettre en place les mécanismes de gouvernance nécessaires et la Fondation a signé un accord de subvention pour un programme-pays pour la Côte d'Ivoire. La création de ce comité a permis à l’ACBF de mettre en place les mécanismes de gouvernance nécessaires et la Fondation a signé un accord de subvention pour un Programme-Pays pour la Côte d’Ivoire. La mise en œuvre du Programme-Pays a été préférée au modèle de projets individuels, permettant ainsi à l’ACBF de concentrer son soutien autour de questions stratégiques de renforcement des capacités et de mieux aligner les priorités du pays au rythme des réformes, tandis que dans le même temps, une flexibilité fut introduite grâce à la correction à mi- parcours et à la réalisation de réformes coordonnées et harmonisées. Une telle approche est mieux adaptée aux pays en transformation rapide et là où l'interface entre régulation et politique subit des changements considérables. Mais  c'est  aussi  un  moyen essentiel pour  utiliser les capacités existantes de manière plus adéquate, tout en se concentrant sur le développement de nouvelles capacités.

 

3. La CAPEC, l’un des Think Tanks fondés par l’ACBF est en fin de phase. Verra-t-elle ses missions reconduites dans le cadre de ce programme pays ? Quel rôle devra t-elle jouer dans l’atteinte des résultats dudit Programme ?

 

La Cellule d’Analyse de Politiques Economiques du CIRES (CAPEC) a été créée   en   1993   sous   l'égide   du   Centre   ivoirien   de   recherches économiques et sociales (CIRES). En 1993 le Conseil d'administration de la Fondation pour le Renforcement des Capacités en Afrique (ACBF) a approuvé un don de USD 1,750,000 à la République de Côte d'Ivoire pour la mise en œuvre du projet CAPEC. L’objectif de la phase I de la CAPEC visait à renforcer les capacités nationales en analyse et gestion des politiques macroéconomiques en vue de contribuer à la recherche de solutions aux difficultés économiques rencontrées par la Côte d'Ivoire.
Au regard des résultats positifs atteints au cours de la phase I du projet, le   Conseil d'administration de l’ACBF a approuvé en faveur de la République de Côte d'Ivoire un don de USD 1,754,000 en mai 2000, puis un don de USD 1,700,000 en décembre 2006, respectivement pour la mise en œuvre de la deuxième et de la troisième phase du projet CAPEC. Ces différents appuis ont permis de renforcer les capacités de la CAPEC et de faire du projet un centre d'excellence capable d’accompagner la politique de développement de la Côte d'Ivoire.

Depuis son lancement en 1993, la CAPEC a donc reçu USD 5,204,000 de financement de l’ACBF. Les résultats des études réalisées par le projet sont principalement utilisés par les ministères dans la formulation de politiques nationales. La CAPEC a également contribué à la formation des cadres de l’administration publique à travers l’organisation de formations de courtes durées et hebdomadaires.

En outre, la CAPEC a été désignée parmi les 50 premiers Think Tanks en Afrique   par l'évaluation indépendante menée par l'Université de Pennsylvanie. Ces réalisations montrent que la CAPEC a réussi à renforcer des capacités et que le temps est venu maintenant de les utiliser.

Il a été décidé d'intégrer le projet d’appui à la CAPEC dans le Programme-Pays de la Côte d'Ivoire et de veiller à ce que les capacités acquises par la CAPEC puissent bénéficier à d'autres domaines porteurs de réforme dans le pays et également, que l’excellence de la CAPEC permette d’obtenir des résultats dans d'autres domaines. La CAPEC peut jouer un rôle très efficace dans le partage des leçons apprises et créer un espace de dialogue qui sera nécessaire pour la mise en œuvre des réformes politiques.

 

4. Au cours de la cérémonie de signature de l’accord de don, vous avez relevé, la nécessité pour les pays africains de définir et d’exécuter eux-mêmes les réformes dont leurs économies ont besoin pour réduire la pauvreté. Que faut-il comprendre en cela, quand on sait que ces pays ne disposent pas toujours de moyens financiers pour accompagner ces réformes ?

 

L'importance pour les pays africains de concevoir et exécuter par eux- mêmes leurs programmes de développement repose sur le principe de l’acquisition des connaissances par la pratique ou «learning by doing» sur celui de la préférence des solutions locales tout en restant ouvert aux idées nouvelles véhiculées par la mondialisation. Les think tanks comme la CAPEC sont très efficaces pour faire communiquer ces deux principes. Lorsque les pays définissent leurs programmes de réforme, ils intègrent dans la conception les solutions les mieux adaptées aux conditions en vigueur dans le pays, en tenant compte des capacités institutionnelles en place ainsi que les préférences et des motivations locales. Cela facilite la mise en œuvre tandis que les mécanismes nécessaires d'incitation en appui à l'exécution des réformes sont définis dans la conception et l'approche de mise en œuvre. Les pays renforcent ainsi leur emprise en identifiant les recettes qui «marchent» et en les répliquant de manière effective et en les perfectionnant à chacune des étapes successives. Lorsque les solutions sont amenées d'ailleurs, le pays court le risque de   manquer la double opportunité de l’apprentissage par la pratique et de l’adaptation au contexte local.

Dans un contexte de rareté des ressources financières et humaines, une définition adéquate des priorités est indispensable afin de s'assurer que ces ressources sont allouées aux besoins les plus essentiels en matière de réforme et que les partenariats financiers et technique extérieurs sollicités sont les mieux adaptés pour répondre aux priorités et aux besoins de   développement. L’utilisation stratégique des appuis extérieurs est en effet cruciale pour éviter une dépendance prolongée.

 

5. La troisième session de collecte de données pour la détermination des Indicateurs de Capacité, initiée par votre organisation a eu lieu en 2012. Quelle est la situation actuelle des capacités en Afrique? Au-delà du rapport annuel sur ces indicateurs, que fait l’ACBF pour leur amélioration dans les pays africains ?

 

L’ACBF a commencé à recueillir des données et à évaluer les résultats des  capacités  en  Afrique  en  2011,  lorsque  nous  avons  lancé  notre premier  rapport  sur  les  indicateurs  de  capacités  en  Afrique  (RICA), centré sur  les États fragiles. L’édition suivante, en 2012, était axée sur les capacités nécessaires pour transformer l'agriculture africaine en vue de garantir la sécurité alimentaire, tandis que celle lancée en 2013 analyse les capacités de gestion des ressources naturelles. L’édition 2014 sera axée sur l'intégration régionale. Le RICA s'est également penché sur les questions de politiques économiques et sociales en s’appuyant sur les institutions nationales  car  l'ACBF  a  travaillé  avec  des  organisations comme la CAPEC pour procéder à une auto-vérification des résultats de l’évaluation institutionnelle ou CPIA réalisée par la Banque mondiale et la BAD. En conséquence, l'ACBF peut maintenant évaluer les tendances de consolidation des capacités d'un pays, dans des domaines thématiques spécifiques.

Les rapports et analyses montrent que l'Afrique a fait d'énormes progrès dans la mise en place de politiques de renforcement des capacités, et ce en grande partie grâce au travail des Think Tanks comme la CAPEC et au rôle des universités qui ont développé les capacités du personnel des administrations publiques dans les pays. L'Afrique fait face à un défi de capacité de mise en œuvre, qui affectait d'autres domaines de capacité. Cependant, certains  pays  ont fait des progrès notables dans ce domaine, particulièrement au niveau de l'environnement de politiques macroéconomiques. De grands défis demeurent au niveau des capacités administratives. L'auto-évaluation du CPIA a également démontré que l’apprentissage par la pratique fonctionne, certains pays obtenant de meilleurs résultats dans des domaines qu'ils avaient préalablement identifiés comme nécessitant une attention particulière en matière de capacité. Les pays sont plus à même de détecter les risques potentiels, en particulier dans le domaine socio-politique, lorsqu’ils mènent eux-mêmes l'évaluation. Bien sûr, nous avons également appris de l'auto- évaluation du CPIA qu'un certain biais existe selon la personne qui fait l'évaluation, et  que l'on  doit observer une  série de  mesures afin  de corriger ce biais.
L'Afrique a aussi besoin de mettre l’accent sur les stratégies sectorielles, y compris dans l'agriculture et la gestion des ressources naturelles et il est essentiel de renforcer les capacités dynamiques nécessaires pour relever les défis actuels du continent dans ces domaines. Il s'agit notamment de capacités pour gérer l'incertitude (chocs économiques, chocs climatiques, etc.), pour réussir l’intégration régionale et jouer un rôle plus significatif au plan international (mondialisation).

Notre objectif dans les années à venir est également de voir comment les indicateurs peuvent être utilisés pour mieux aligner l'aide de l’ACBF et celle des autres intervenant dans le renforcement des capacités sur les priorités  de  développement des pays et communautés économiques régionales en Afrique, afin d’accélérer l'atteinte des résultats.

Réalisé par Mayane YAPO, Chargée de la Communication et de la Visibilité de la CAPEC
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